Enquêtes auprès des personnes résidant dans les équipements à vocation touristique par l'IWEPS et l'asbl RTA ( vidéos)

En 2013, le Gouvernement wallon a souhaité affiner sa connaissance du public HP et mieux cerner ses caractéristiques socio-économiques, notamment pour déterminer quelles sont les personnes qui ont réellement besoin d’une aide ou d’un accompagnement social spécifique et estimer si les moyens mis en œuvre commune par commune sont opportuns, suffisants, adaptés. 

Pour rencontrer ces objectifs, une collaboration a été nouée avec l’IWEPS qui a par ailleurs dégagé un budget pour financer cette recherche. Le choix s’est porté sur la réalisation d’une étude qualitative et compréhensive qui complète les états des lieux annuels établis par la DiCS. 

Les récits d’une trentaine d’habitants permanents, résidant ou ayant résidé dans des équipements à vocation touristique, recueillis par l’équipe de l’asbl RTA choisie pour mener le projet à bien, offrent une meilleure compréhension des personnes qui vivent ou ont vécu dans les zones HP, de leurs parcours, de leurs problèmes, de leurs ressources, de leurs stratégies d’ « adaptation », de leurs réactions aux services qui leurs sont proposés et de leurs propositions.

La recherche

Le logement, une question de choix?

Tactique et stratégie

L'entrée comme la sortie de l' « équipement touristique » peuvent ressortir à des logiques d'action très différentes ; la distinction opérée par M. de Certeau entre « tactique » et « stratégie » est pertinente pour comprendre ces différences.

La stratégie suppose une sorte de « base » sur laquelle on peut s’appuyer en mobilisant les "capitaux" dont on peut disposer :

- le capital économique (la capacité financière);

- le capital social (un réseau de relations ou de soutien)

- le capital culturel (des connaissances que l’on a acquises, des capacités que l’on a à se repérer, à créer, à entrer en lien...

- le capital symbolique  (le crédit dont on dispose).

La « base » permet d’imaginer, de construire et de mettre en oeuvre une stratégie. En matière de logement, par exemple, nous trouverons la logique d’action qui s’exprime dans une stratégie de placement.

La « tactique » est au contraire l’action calculée que détermine l’absence de cette "base" ; la tactique, en effet, « doit jouer avec le terrain qui lui est imposé tel que l’organise la loi d’une force étrangère ». La tactique se distribue dans une trajectoire contrainte ; c’est celle-ci qui permet de comprendre la logique d’action, qui s’exprimera en adaptations (parfois en ruses) plutôt qu’en visée.

Atteindre ce chapitre dans la recherche

Vers l'illustration vidéo

Habiter transcende l'habitat : les compositions de valeurs

L'"habiter" comporte une dimension matérielle mais aussi immatérielle, portant sur une diversité de valeurs. La distinction des registres de valeurs opérée par Jean Baudrillard à propos des objets de consommation est ici très utile.

- valeur d’usage ( « avoir un toit sur la tête » ; notons cependant que pour beaucoup cet usage peut entrer en concurrence avec d’autres, comme le simple fait de se nourrir) ;

- valeur d’échange (déterminé par le « marché de la maison », qui entre en ligne de compte dans des stratégies de placement, réussies ou compromises) ;

- valeur symbolique (qui dote un objet d’une signification particulière, par exemple dans les cas de transmission, d’attachement, etc. : « c’est là où j’ai toujours vécu » ;

- valeur signe (qui fait de l’objet, ici la maison, un élément d’un discours social en relation avec la consommation : par exemple un signe de réussite sociale).

Ces différentes formes de valeurs du bien « logement » ne constituent pas des catégories qui se juxtaposent simplement ; elles entretiennent des relations dynamiques de nature diverse qui déterminent la part immatérielle de l’habiter.

- Il peut y avoir disjonction  (clash entre les valeurs)

- ou composition : on compose comme on peut., on donne la priorité à une valeur, on les hiérarchise, on les renverse,  etc.

Atteindre ce chapitre dans la recherche

Voir l'illustration vidéo

L'habitat permanent comme expérience culturelle

Il convient d'aborder les situations de vie concernées comme des expériences culturelles à part entière. Les travaux du grand architecte et urbaniste Paul Virilio sont d'un grand secours en la matière, lui qui a invité avec force à ne pas aborder le fait architectural d'une façon instrumentale.

Une première conséquence est la nécessité d'être attentifs à la créativité des "adaptations secondaires" ou "transgressions d'usage" dont font preuve les résidants permanents. Les "solutions construites avec ce qu'on a sous la main" constituent un véritable style de vie, impliquant ingéniosité et créativité; ce n'est pas sans fierté pour les cré ateurs, mais par ailleurs ce type de créativité n'a pas nécessairement droit de cité.

Nous relevons aussi toutes sortes d'expériences de vie rapportées à des processus qui peuvent entraîner des effets de désubjectivation : un rapport particulier au temps et à "l'accident", la manière de donner sens à une "collection" d'interventions institutionnelles, la perte de contrôle ressentie sur sa situation, la soumission à un environnement devenu chaotique - autant de processus  qui peuvent être destructeurs de l'autonomie culturelle.

Atteindre ce chapitre dans la recherche

Voir l'illustration vidéo

Les dimensions sociales de l'habiter collectif

Les enquêtes nous ont permis d'isoler des  mécanismes de production des relations sociales actifs dans les situations et qui permettent de rendre compte de descriptions qui se sont révélées des plus contrastées.

Nous n'avons pu que constater, en premier lieu, l'existence d'une sorte de solidarité naturelle, irriguée par la culture populaire. Elle est faite de réciprocité, de rencontres spontanées, de cohésion auto-organisée de manière libre et souple. Cette solidarité est décrite avec nostalgie par ceux qui n'en bénéficient plus, mais aussi comme étant en proie à une tendance à la décomposition.

L'expérience sociale des situations d'habitat permanent relève souvent de l'expérience du stigmate. Le lieu de résidence, souvent combiné à d'autres attributs désormais stigmatisants comme  la non-possession d'un emploi, est de nature à jeter un discrédit durable et profond sur les personnes.

Les conséquences sociales du stigmate sont redoutables.

Parmi celles-ci, nous trouvons l'intériorisation du stigmate et l'adoption d'une logique de coupure, qui se reporte, souvent avec beaucoup de violence symbolique, à l'intérieur du groupe stigmatisé, avec des effets dramatiques de division. Le principe de ces divisions est aussi variable que les attributs sur lesquels la stigmatisation s'appuie :  elles peuvent cibler les gens du voyage, les gitans, les « baraquis », ceux d'en haut ou ceux d'en bas, les assistés sociaux, mais aussi les nouveaux arrivés,- (ceux, par exemple, dont nous avons vu qu'ils se situaient dans le registre de la tactique).

Atteindre ce chapitre dans la recherche

Voir l'illustration vidéo

 

La dimension politique des situations

Le plan "Habitat permanent" est en quelque sorte une politique sur des politiques (de logement, certes, mais aussi d'aménagement du territoire, de production du marché du logement et de l'emploi, de politiques sociales, culturelles, etc.).

Cette "politique seconde" doit nous semble-t-il tenir compte de l'expérience politique des résidants qu'elle concerne.

L'expérience du "dol" fait partie de nombreuses trajectoires : le défaut d'informations, leur camouflage, les silences, les fausses informations scandent les expériences ; le phénomène concerne tant les locataires que les propriétaires ou les co-propriétaires et il porte sur des objets très variés : le statut du sol, les droits, les charges,  le permis et l'interdit, les procédures... Ces mécanismes sont durement ressentis, notamment par rapport à des professions qui devraient incarner l’impartialité, comme le notariat.

Une majorité de personnes interrogées ont été confrontées à un passage brutal d'un registre "pratique" (qui conduit à bien des accommodements autorisés par les pouvoirs locaux par exemple) à un registre "réflexif" vécu comme injuste (dans ce registre, on s'interroge sur ce qui est juste ou injuste, on réfère la question à des normes, des régularités, des références ; cette distinction des registres est celle de Luc Boltanski).

L'incompréhension des résidants permanents par rapport aux agents du champ politique peut être décrite  à partir des processus suivants :

• existence d'un registre "pratique" (accommodements permis informellement : "tu construis ce que tu veux")

• brusque abandon du registre pratique (ce qui était permis devient brusquement interdit)

• et apparition d'un registre réflexif conduit par des agents exogènes à la situation de départ ( on s'interroge sur ce qui est juste ou injuste, on réfère la question à des normes, des régularités, des références) ;

• incohérences ou contradictions  éventuelles des références ou procédures sur lesquelles s'appuie le registre réflexif.

Cette incompréhension peut être porteuse de méfiance ou de rejet.

Atteindre ce chapitre dans la recherche

Voir l'illustration vidéo

 

 

Actions de premier niveau: 
Non